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mardi 8 mars 2016

La spécialisation des projets (sujets), une difficulté à vaincre

Vous êtes en 5ème année (ou en Master II pour le cursus LMD) et vous venez de choisir votre projet (sujet), vous êtes excités et prêts à lancer votre éditeur. Après 4 ans d'études et 9 semestres et 67 modules, 24 unités d'apprentissage et 8 sessions d'examens, il est temps de construire votre application, votre projet, n'est ce pas ? Malheureusement, Non, pas encore.
Il est évident qu'un projet (sujet) nécessite réellement les connaissances acquises durant tout le cursus. Premièrement, une utilisation efficace des outils dépend à de la maîtrise des notions sur les Systèmes d'exploitation ainsi que les techniques de compilation, le langage de programmation utilisé (syntaxe + API) et le passage vers un code machine "déployable". Deuxièmement, le développement d'une application, sans préciser son domaine, nécessite une compréhension profonde de l'algorithme, le codage d'information, les paradigmes de programmation et l'architecture des ordinateurs; c'est le minimum pour arriver à écrire un code fonctionnel. Troisièmement, l'utilisation de la moindre quantité des données persistantes nécessite l'utilisation des fichiers, des bases des données ou même les fichiers XML et JSON. Enfin, il est indispensable de comprendre les méthodologie de conception (objet ou autres), le génie logiciel et les bases de l'IHM et les techniques associées à leur réalisation (HTML, JS - jQuery, WPF, Swing, JavaFX, etc.) pour pouvoir concevoir une "bonne" application. Toutes ces connaissances (liste non exhaustive, c'est ce qui me vient à l'esprit maintenant) doivent être gardées en esprit à tout moment pendant toutes les étapes de recherche, analyse, conception, réalisation, rédaction et présentation  du projet (sujet).
Mais, est ce réellement suffisant ? Encore là, la réponse est négative. Tous ces éléments font partie de la "base" de l'informatique et ne sont pas suffisants pour travailler "efficacement" sur un projet (sujet) spécialisé. En effet, s'il s'agit d'un projet d'ingénieur (projet de réalisation) ou bien d'un sujet de recherche (exploration, expérimentation, comparaison, vérification d'une hypothèse), l'aspect "spécialisation" est très présent.
Un projet se focalise sur la réalisation d'un système fonctionnel et professionnel (sécurité, sauvegardes, disponibilité, facilité d'utilisation, documentation, etc.). Atteindre ce niveau nécessite une compréhension profonde du domaine étudié ou du champs d'application, et malgré qu'il n'est pas obligatoire de devenir un expert du domaine étudié, il est, comme même, préférable de connaître un certain niveau de détails pour mieux comprendre les enjeux, les risques et les bonnes pratiques des employés pour une meilleure conception des différentes parties (composants, répartition, IHM) de l'application. Nous n'oublions pas que le monde professionnel est géré par des lois complètement différents du monde académique : fixer un rendez-vous avec un chercheur ou bien avec l'encadreur est une tâche beaucoup plus facile que réunir le directeur général, le directeur du service informatique, le responsable du projet et le représentant des employés, tous, au même temps et autour de la même table; ce travail "du champs" est très bénéfique comme expérience professionnelle comme il représente une excellente opportunité pour approfondir les connaissances sur la théorie des organisations et sur les techniques de collecte des informations. Pour cela, une étude théorique préalable (introductions, aide-mémoire, résumés) ainsi qu'une étude sur le cas réel (étude de l'existant) sont des étapes essentielles pour la réussite du projet.
Les sujets de recherche se caractérisent par un aspect théorique plus riche; il est, dans la plupart des cas, demandé de devenir "pseudo" spécialiste du domaine. En effet, la compréhension du domaine en question doit inclure la compréhension des causes, des motivations, des points positifs, des points négatifs, des fondements théoriques, des applications précédentes, des difficultés rencontrées par les applications précédentes et plusieurs autres facteurs qui peuvent influencer l'élaboration d'une nouvelle hypothèse ou bien la vérification d'une hypothèse déjà faite. C'est de là que l'état de l'art tire son importance.
L'état de l'art doit regrouper et résumer toutes les informations théoriques nécessaires pour la compréhension de, à la fois, la problématique traitée et la solution proposée. A titre d'exemple, prenons le sujet suivant : “Proposition d’un processus semi-automatique de sélection des objets pédagogiques” (oui, oui, c'est mon sujet de magister, sur lequel j’ai travaillé avec M. F. Azouaou - pour le connaître c’est par ici ou ici, M. S. Batata - pour le contacter c’est par ici et le Professeur A. Balla - site perso). Dans ce sujet, nous avons tenté de résoudre un problème très courant et qui est rencontré par les enseignants durant la création d'un cours en ligne à partir d'un ensemble de ressources déjà disponibles dans un entrepôt des ressources pédagogiques (Non, c'est pas la même chose que les entrepôts des données / Oui, c'est les entrepôts des documents tels que les systèmes de stockages utilisés par la GED mais ils sont basés sur les descriptions détaillés  normalisées). Dans un domaine complètement différent, nous avons des notions très similaires : le développement à base de composant étudie la possibilité de construire une application à partir d'un ensemble de composants déjà disponibles et il (le domaine) définit plusieurs approches à suivre avec différents modèles de description qui utilisent à leur tour des méta-données pour la description. L'idée était d'adapter une approche (ou un processus) proposée à la base pour le développement par composants pour être appliquée sur la création des cours en ligne. Trop d'information mais c'est un excellent exemple où le (jeune) chercheur se trouve obligé à étudier et comprendre deux domaines complètement différents. Dans ce cas, l'état de l'art visait trois objectifs principaux :
1. Présenter suffisamment le e-Learning pour faire comprendre la problématique liée à la création des cours en ligne,
2. Présenter suffisamment le développement par composants pour faire comprendre la source d'inspiration pour la solution proposée,
3. Présenter suffisamment d'analyses, d'exemples et d'équivalences pour justifier et construire un fondement théorique acceptable pour la solution proposée.
Nous voyons, ainsi, qu'une la partie état de l'art et sa construction nécessite un certain niveau de compréhension et un certain  niveau de spécialisation qui ne sont pas offerts par les modules de base présentés pendant le cursus.
Le problème qui se pose de nos jour (et qui m'a poussé à rédiger cet article) est le changement de la vision des étudiants envers la partie de l'état de l'art. Malheureusement, l'état de l'art est, actuellement, vu comme une partie préparée pour le jury et le lecteur qui doit être rédigée et finie rapidement pour "passer aux choses sérieuses". Je dit "malheureux" parce que l'objectif est la compréhension, non pas la lecture : il ne suffit pas de rechercher des documents à lire pour "remplir" la partie état de l'art, il faut comprendre ces documents et "construire" la partie état de l'art. Il est nécessaire que les étudiants comprennent chaque paragraphe et chaque mot présentés dans la partie état de l'art. A mon avis, c'est la responsabilité de l'encadreur de faire comprendre cela aux étudiants dès le premier jour du projet (ou sujet), autrement, les étudiants se lanceront dans un travail de "bricolage" (je m'excuse pour le terme) pour vite terminer une partie "qui ne va être lue". Les conséquences seront, probablement :
1. Une incapacité d'expliquer d'une manière profonde et riche les notions présentées; il sera très difficile aux étudiants de justifier et de valoriser le projet, parce que pour eux, "une annotation est une <div> flottante qui contient une chaîne de caractère".
2. Une incapacité de comprendre les choix techniques, les différentes décisions et les remarques données durant la réalisation du projet, ainsi, "si l'encadreur a dit que la cardinalité (1,1) est fausse alors on la remplace par (0,n)" sans comprendre ni connaître la réponse à la question la plus importante (à mon avis que je partage avec the merovingian) : "Why ?"
3. L'incapacité de répondre aux questions de compréhension qui font, sans doute, partie des questions qui seront posées le jour de la soutenance.
D'un autre côté, il est difficile de demander à des étudiants d'assimiler un domaine en moins d'un moins (vu que le sujet de Master II est programmé pour 4 mois seulement). Existe t-il une solution pour à la fois permettre aux étudiants de comprendre l'importance de l'aspect théorique et de l'assimiler tout en le faisant dans les bons délais ?
La réponse est une formation rapide. Le cours magistral est le mode d'acquisition des connaissances habituel pour les étudiants, surtout après 5 ans à l'université. Je ne pense pas que les exposés et les travaux de recherche déjà réalisés sont une motivation suffisante pour laisser les étudiants tenter d'apprendre un nouveau domaine avec ses problématiques de recherche d'actualité. Ces travaux se basaient toujours sur un ensemble de connaissances données pendant le cours et durant des travaux dirigés, ainsi, les étudiants partaient toujours à partir d'une plate-forme théorique (minimale peut être mais jamais nulle). Ainsi, les étudiants n'ont même pas cette pratique d'apprendre une domaine à 100% (ou presque) en se basant exclusivement sur les lectures et il est difficile de développer une nouvelle compétence en quelques jours seulement.
Malgré mon expérience très brève, j'ai eu la chance de voir de près le résultat de travail d'une équipe de recherche à l'université de Jijel (département informatique bien évidemment) et qui optaient pour le choix de commencer dès la première semaine par une formation accélérée pour introduire les étudiants à leur domaine de recherche. Une méthode qui a permis à des étudiants d'un niveau moyen (selon leurs notes, ce n'est pas un facteur suffisant pour lancer un jugement sur le niveau des étudiants, mais il reste le seul facteur vu que je les ai jamais enseigné ou encadré) atteindre un niveau de compréhension très respectable et de pouvoir achevé le travail demandé dans les bons délais avec une excellente finition.
Faire une formation n'est pas une chose facile; elle nécessite un effort énorme pour la préparation et pour la présentation, néanmoins, les bénéfices attendues sont très encourageantes. Sur ce, j'encourage tout encadreur de procéder à faire une formation accélérée à ces étudiants, comme j'encourage les étudiants trouvant des difficultés dans la compréhension des notions théoriques de demander à leur encadreur de leur faire une présentation sous forme de cours magistral non pas sous forme de discussions rapides à table; ces dernières sont mieux adaptées pour le raffinement, pas pour la compréhension des notions de base.

P. S : les remarques faites (je ne vais pas dire jugements) sont subjectives et dépendent un échantillon défini des étudiants que j'ai eu l'occasion d'enseigner et/ou encadrer. Elle ne peuvent pas être généralisées sur tous les étudiants de l'université, mais, le risque de faire les mêmes erreurs est, sans doute, présent.


(Pour avoir une idée sur l’objectif du blog, veuillez lire cet article)
(Pour avoir plus d’information sur l’auteur et son domaine de recherche, veuillez lire cet article).


dimanche 23 décembre 2012

Définir et choisir un sujet

La définition du sujet par le promoteur, sa publication et sa sélection par des étudiants sont des étapes qui précèdent le travail “réel” sur le projet de fin d’étude, néanmoins, leur importance est évidente. Il faut comprendre et prendre ces étapes au sérieux.

L’objectif de l’article n’est pas de détailler comment définir un projet à la lettre; c’est le travail des promoteurs, néanmoins, les étudiants doivent comprendre les grandes lignes pour pouvoir déchiffrer l’objectif fixé par le promoteur “à long terme”. Cela permettra aux étudiants d’évaluer la charge de travail et les travaux complémentaires à réaliser durant le projet de fin d’étude.

Définir un projet/sujet

Pour un projet de fin d’étude, nous pouvons distinguer deux grandes familles :
  1. Les projets,
  2. Les sujets.

Oui, il y a une grande différence entre les deux.

Les projets sont destinés généralement aux ingénieurs et aux candidats pour le master professionnel. Un projet vise à atteindre un objectif technique ou bien très proche de la dimension technique et architecturale. Il peut être proposé dans plusieurs situations.

Dans la majorité des cas, un projet de telle nature est proposé pour répondre à un besoin professionnel concret. Le promoteur principal sera probablement un chef d’équipe dans une entreprise informatique ou bien le responsable du service informatique dans une entreprise d’autres secteurs. L’avantage principal est l’expérience professionnelle, un tel projet facilitera l’intégration des étudiants dans la vie active après leur graduation, et des fois la boite propose aux étudiants de continuer dans les mêmes postes. L’inconvénient majeur est la nature d’encadrement : un chef d’équipe donnera, probablement, plus d’importance à l’application réalisée et à sa documentation technique; le rapport “académique” sera ignoré. Cet inconvénient se présente comme crucial à cause de la nature “académique stricte” héritée de l’académie francophone qui donne la priorité à la base théorique du projet.

Un projet peut être proposé, aussi, par un chercheur dans le cadre d’une thèse en cours de préparation. L’objectif d’un tel projet sera d’implémenter une solution qui répond à ses propositions théoriques. Son poids dans le monde professionnel sera (presque) nul vu que le système réalisé concerne des notions très récentes et encore loin de sortir des laboratoires de recherche pour intégrer le monde professionnel. Néanmoins, deux points principaux encouragent de le choisir :
  1. Le défi technique est réel,
  2. Les nouvelles idées vont servir dans le monde professionnel, et elles peuvent donner naissance à des start-up intéressantes.

Dans l’autre bout, nous trouvons les sujets, qui visent une problématique théorique; ce type de sujet de fin d’étude est destiné pour les candidats au master recherche. Le promoteur pose une problématique théorique à résoudre, ainsi, les étudiants devront apporter une contribution en proposant une hypothèse et en vérifiant sa validité.

Les sujets de recherche ne nécessitent pas des compétences techniques exceptionnelles, mais, un esprit scientifique et académique et une patiente pour les travaux de recherche, de lecture et de synthèse. De tels sujets représentent la meilleure introduction au monde de la recherche scientifique et académique.

Choisir un projet/sujet

La prise d’une décision en matière de choix d’un projet/sujet pour le projet de fin d’étude est l’une des plus difficiles mais pas à ce point “vitale”, surtout dans notre cher pays.

Un critère à écarter est les compétences techniques; il ne faut jamais écarter un sujet parce qu’on ne maîtrise pas ses contraintes techniques, ni choisir un projet parce que sa dimension technique nous convient. Vous avez suffisamment du temps apprendre et se familiariser avec les technologies requises.

Les deux critères principaux :
  1. Votre plan d’avenir,
  2. Votre domaine préféré.

Si vous voulez construire une carrière académique, il faut éviter un projet à aspect professionnel pur, l’effort fourni pour l’intégration dans le milieu de l’entreprise ne sera plus utile lorsque vous commenciez une carrière scientifique. Cet effort doit être dirigé vers un sujet théorique intéressant qui vous donnera une chance pour faire une publication ou au moins une communication, c’est dans ces rassemblements scientifiques que vous construisez une carrière scientifique.

Si vous voulez une carrière professionnelle, c’est sur les projets techniques qu’il faut se concentrer, vous serez (pratiquement) prêts pour le monde professionnel. Les projets de nature théorique peuvent aussi être utiles dans ce cas, leur dimension technique est généralement riche.

Le domaine préféré prend deux dimensions :
  1. Le secteur d’activité,
  2. L’environnement de travail.

Le secteur d’activité est vu sous deux ongles différents et cela selon la nature de la carrière professionnelle ou académique. Dans notre pays, travailler dans les entreprises pétrolières se situe sur la tête des préférences. Dans le cas académique, la liste des choix est plus riche et plus diversifiée, vous pouvez travailler dans pratiquement tous les domaines actifs. Il faut exclure les sujets qui nécessitent des équipements particuliers, vous n'aurez rien comme aide et support, c’est la triste réalité.

L’environnement de travail varie énormément entre les deux mondes académique et professionnel : l’environnement académique est plus stable et la concurrence est plus “douce” (si on dire), par contre toutes les manières sont autorisées dans le milieu professionnel, nous vivons dans un pays de 3ème monde et il faut admettre que la corruption fait partie de notre quotidien. Ainsi, si vous ne pouvez pas supporter un environnement hostile et instable, je vous conseille de vous orienter vers une carrière académique.

Des travaux complémentaires?

Il est très probable que votre promoteur vous demande des travaux complémentaires, tels que l’enrichissement de l’outil développé en ajoutant des fonctionnalités qui n’étaient pas présentes dans la définition du projet. Un autre cas très fréquent, c’est la rédaction d’un article.
Ces travaux sont très importants et il faut les compléter; jouer au “dur” et aux “héros” en disant “j’ai mon travail et je n’ajouterai pas une ligne”, ne servira à rien sauf à dégrader votre note et votre mention parce que votre promoteur considérera que le travail est incomplet. C’est aussi simple que ça.

Un dernier mot

Le choix n’est pas vraiment vital; le projet ne durera que 06 mois, mais un bon choix rendra la tâche beaucoup plus facile en permettant aux étudiants une auto-motiviation puissante du moment où ils sont convaincus et satisfaits de leur choix.

Les différentes universités proposent chaque année des dizaines de sujets théoriques et des projets professionnels, vous pouvez toujours trouver le projet/sujet qui vous convient et qui répond exactement à vos besoins.

(Pour avoir une idée sur l’objectif du blog, veuillez lire cet article)
(Pour avoir plus d’information sur l’auteur et son domaine de recherche, veuillez lire cet article).